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Voyage au centre de la dépression

Voyage au centre de la dépression

Par Mathilde Renault - 16/06/2015 à 14:03

La dépression se traite aujourd'hui à l'aide de combinaisons de thérapies médicamenteuses (anxiolytique et antidépresseurs) et d'un accompagnement psychothérapeutique. Elle reste l'un des troubles psychiatriques les plus répandus dans le monde. Mais alors d'où vient cette insaisissable maladie ? Quelles en sont les causes et les origines ?

A un moment donné, peut-être même un beau jour de printemps la dépression peut frapper. Qu'elle survienne à la suite d'un deuil, de la perte d'un emploi, de difficultés financières ou de tant d'autres choses, légères ou graves, la dépression est une véritable maladie qui va bien au-delà de la simple tristesse. Les personnes qui en souffrent sont sujettes à une profonde démotivation, une démobilisation totale dans leurs activités quotidiennes, un manque d'énergie, une incapacité à se concentrer, ainsi qu'à des sentiments négatifs tels que l‘impression d'inutilité, la culpabilité, la colère ou encore pulsions suicidaires ou autodestructrices.

Au banc des accusés

La médecine psychiatrique contemporaine distingue trois grands types de facteurs pouvant causer la dépression: les facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux (on parle d'environnement en tant que construit social).
Elle fait également la distinction entre ces facteurs selon leur positionnement chronologique dans la vie de l'individu : le facteur de risque qui survient très longtemps avant le déclenchement d'un phénomène dépressif (par exemple une expérience traumatisante chez un enfant, ou des parents déjà sujets à la dépression) ou encore le facteur précipitant ou déclencheur qui fait référence à un évènement particulier qui déclenche la maladie (une séparation amoureuse, une dispute familiale…).

Soigner l'impalpable

La multiplicité des facteurs pouvant amener à une dépression rendent cette dernière difficile à soigner. Si un traitement médicamenteux peut agir sur le déséquilibre du fonctionnement cérébral (dysfonctionnements des neurotransmetteurs comme la sérotonine, la dopamine ou la norépinephrine), ingérer des médicaments ne permettra pas d'agir sur les facteurs psychologiques (croyances négatives, mauvaise estime de soi, traumatismes etc…) qui doivent être combattus par le biais de psychothérapies. Enfin, il reste des facteurs particulièrement délicats à neutraliser : les facteurs environnementaux. L'environnement social est une cause externe, difficilement maitrisable par les différentes médecines qui traitent de la dépression. Ce dernier peut jouer tour à tour un rôle dans la guérison de l'individu dépressif comme dans son aggravation. S'il est encore envisageable de faire intervenir la famille ou le couple lors d'un travail de psychothérapie, il est plus difficile d'aller au-delà, à des échelles de plus grandes envergures (cercle professionnel, fonctionnement macro-social etc…).

La société de la dépression : une approche sociologique de la maladie

D'après le sociologue Alain Ehrenberg, la multiplication des phénomènes dépressifs trouve son origine dans le fonctionnement même de notre société. Pour lui, la multiplication des pathologies dépressives de toutes sortes, plus ou moins légères, allant du « burn out », à la « simple envie de rien » est l'illustration de « l'insuffisance insoignable de notre société ». L'individu n'a plus l'injonction d'obéir à des règles strictes (Religieuses, traditionnelles), il n'est plus dans l'interdit et doit sans cesse se chercher dans l'action, l'initiative, afin d'exister.
« LE PROZAC N'EST PAS LA PILULE DU BONHEUR MAIS CELLE DE L'INITIATIVE » A.E
Le dépressif pris chez Ehrenberg dans son sens le plus large est alors celui-qui ne peut plus s'adapter à des sociétés modernes en changement permanent, qui communique mal avec lui et les autres, celui qui vit hors de la société. Le repli sur soi devient alors la seule option permettant au sujet de survivre quand il n'est plus apte à lutter, à se faire une place dans sa propre vie.
Il se positionne ainsi à l'envers exact de nos normes, de nos cadres de socialisation et plus généralement de notre société.
Dès lors, qui faut-il soigner ? L'individu malade de la société ou notre société malade de la dépression ?

Sources :

www.etat-depressif.com/depression/causes-de-la-depression/
www.unige.ch/dife/service-psychologique/Problematiques/Depression/causes.html
www.laviedesidees.fr/Societe-du-malaise-ou-malaise-dans.html

DEMAILLY Lise, Sociologie des troubles mentaux. Paris, La Découverte, Collection Repères, 2011,128p.
EHRENBERG Alain [1998], La fatigue d'être soi. Dépression et société. Paris, Odile Jacob, 2000,415p.
EHRENBERG Alain, « Société du malaise ou malaise dans la société ? », La Vie des idées, 30 mars 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Societe-du-malaise-ou-malaise-dans.html