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L'intestin, un ami qui vous veut du bien

L'intestin, un ami qui vous veut du bien

Par Mathilde Renault - 16/06/2015 à 14:39

Ni très glamour, ni très bien connu, l'intestin n'est pas vraiment un sujet qui passionne les foules. Pourtant, cet organe digestif est d'une importance cruciale dans l'équilibre du corps humain. Giulia Enders, doctorante à l'Institut de microbiologie médicale à Francfort a décidé de sensibiliser le public sur le sujet en rédigeant un ouvrage sur le sujet. Publié l'an dernier sous le titre allemand « Darm mit Charme » (« Entrailles de charme ») , le livre a connu un improbable succès et a été traduit en anglais. Sorti en France au printemps sous le titre « Le charme discret de l'intestin » cet ouvrage se penche avec humour et sérieux sur les aspects les plus méconnus de notre intestin.

L'éducation par l'humour

Tout le succès du livre de Giulia Enders tient à son travail de vulgarisation. Au fil des pages, on apprend que probiotiques, parasites et oxyures collaborent ensemble à ce qu'Enders considère comme « une forêt géante la plus étonnante qui soit ». Ces micro-organismes et leur travail quotidien sont expliqués et animés au fil des pages par la sœur de Giulia, Jill Enders sous la forme de bandes dessinées à la fois descriptives et amusantes.
On retrouve ici et là, le style de Mary Roach chercheuse et auteure américaine de sciences pour le grand public dont « Gulp », la grande enquête sur le fonctionnement de nos tripes publiée en 2013, avait déjà choisi d'utiliser personnifications et humour pour intéresser le public . Comme Mary Roach, Enders affirme qu'il est urgent de sensibiliser les occidentaux qui sont « en train de se vider de leurs entrailles » au fonctionnement de leur système digestif. Peu de gens savent en effet que notre tube digestif mesure plusieurs dizaines de mètres, qu'il produit plus de 20 types d'hormones, et qu'il contient plus d'un millier d'espèces de bactéries.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui digère le mieux

Si le livre de Giulia est rapidement devenu un best-seller, c'est sans doute en grande partie à cause de son absence totale de tabous sur des sujets qui sont en général esquivés car considérés comme étant peu râgoutants. Les bandes-dessinées qui parsèment les pages de l'ouvrage expliquent par exemple la signification de la forme et de la couleur de nos excréments (voir à ce sujet L'échelle de Bristol-1997) ou renseignent sur les bonnes ou mauvaises positions pour déféquer ( pouvant être à l'origine de nombreuses maladies digestives telles que les fissures, fistules, hémorroïdes…). L'ouvrage de Giulia Enders s'efforce de jongler entre trivial et sérieux pour donner le point de vue d'une scientifique sur des interrogations anodines mais ô combien partagées : « Est-il possible d'utiliser les toilettes d'une personne étrangère ?/ Suis-je avec ma compagne/mon compagnon depuis assez longtemps pour pouvoir péter en face de lui sans être impoli ? Comment briser la glace à ce sujet ? ». En évoquant ce genre de thèmes à la fois tabous et anodins, l'ouvrage permet de tisser des liens entre conscient et inconscient, contrôle de soi, image, tabou et relation sociale pour tout ce qui touche à l'intestin et à la digestion.

Soigner le ventre pour soigner la tête ?

Le lien entre psychologie et digestion est ainsi réaffirmé. Enders montre que de fortes corrélations entre l'IBS (syndrome de l'intestin irritable) ou les troubles intestinaux inflammatoires et des niveaux élevés d'anxiété ou dépression, voire même entre l'autisme et l'intestin. Le système nerveux de l'intestin est gigantesque et arrive à la deuxième place de notre organisme après notre cerveau. On apprend par exemple au fil des pages que 90% des échanges d'informations entre le cerveau et l'intestin se font dans le sens intestin-cerveau, ce qui revient presque à dire que l'intestin peut « envoyer des commandes » . Lors d'un entretien accordé au Maclean's le 27 mai 2015, Giulia cite cette anecdote sur la relation entre l'intestin et l'anxiété :

« Pensez à une situation particulière comme celle de l'angoisse face à un examen important. Votre intestin s'inquiète avec vous et se souvient avec appréhension lorsque il est confronté à nouveau à cette même situation ». Nous avons plus de mémoire que celle du seul cerveau (…) Notre cerveau n'est pas notre seul maître. »

Bien sûr, cela ne signifie pas que notre intestin réfléchit à notre place. Mais cela montre bien à quel point un organe souvent considéré comme purement utilitaire peut réagir ou causer des émotions en interagissant avec notre cerveau. Toutes les expressions comme « avoir la boule au ventre » ou « avoir l'estomac noué » sont de parfaites illustrations de syndromes qu'on ne s'explique pas toujours maisqui sous la plume de Giulia Enders deviennent tout d'un coup bien plus concrets.

Sources :

www.theguardian.com/books/2014/may/07/gut-reaction-book-digestive-tract-german-bestseller
www.dailymail.co.uk/health/article-3096544/Rumbling-tummy-doesn-t-mean-need-eat-s-gut-cleaning-new-book-reveals-astonishing-truth-human-body-digests-food.html
www.macleans.ca/society/health/the-interview-scientist-giulia-enders-on-the-guts-power/
www.maryroach.net/gulp.html

* Le charme discret de l'intestin. Tout sur un organe mal aimé, aux éditions Actes-Sud, en librairie depuis le mois d'avril.